Historique

Philippe Asselin est poète. Il avait dès le départ pour projet de créer un événement qui accueillerait des poètes venus de différents pays du monde, accompagnés chacun d’un enfant. Cette pensée n’était pas sans lien avec la « sensibilisation » menée par les acteurs de notre compagnie dans les écoles des municipalités des bassins du Hainaut et de la Sambre.
Le projet du poète a pris forme : trois premières éditions du ‘Carrefour International du Théâtre d’Enfants’ ont eu lieu aux printemps 1992, 1993 et 1994. Les moyens de la compagnie ne nous permettaient pas alors d’inviter des équipes au-delà des frontières européennes. Ces trois premières expériences ont été riches d’enseignements. Il a fallu admettre que la forme de l’événement ne correspondait pas aux ambitions du projet. La réalisation était trop éloignée du rêve. La qualité artistique des spectacles présentés était trop inégale. Les artistes qui accompagnaient les jeunes acteurs n’étaient pas professionnels pour la plupart d’entre eux. L’exigence artistique de l’événement n’était pas à la hauteur des attentes de la compagnie.

En 2002, le ‘Carrefour International du Théâtre d’Enfants’ renaît. Le Jeune Théâtre International trouve deux partenaires majeurs qui vont lui permettre de relancer le projet et de donner les moyens nécessaires à son existence et à son développement : le Phénix, scène nationale de Valenciennes et la communauté d’agglomération « Valenciennes Métropole ». Le premier défi a été de sortir le ‘Carrefour International’ des frontières de l’Europe et de mondialiser l’événement. Pour de nombreuses civilisations non-européennes le mot « théâtre » n’a pas la même signification que chez nous. Dans les nombreuses cultures du monde, le spectacle vivant réunit plusieurs arts : la poésie, la musique, le chant, la danse, l’esthétique des costumes. En 2002, l’équipe vit sa première rencontre avec l’art traditionnel en recevant dix enfants du Zamdela Arts Center de Salsoburg en Afrique du Sud, qui nous ont laissé un moment d’unicité : la danse des zoulous (danse des bottes). Anne Chayet, tibétologue, directeur de recherche au CNRS, nous aide à accueillir de jeunes danseurs et danseuses tibétains en 2004. Ces enfants et adolescents vivent dans une école tibétaine située à Kalimpong dans le Bengale de l’Ouest en Inde. Ils sont formés par Doga un maître tibétain exilé en Inde. La même année, après trois ans de collaboration avec le Consulat de France en Papouasie-Nouvelle Guinée et de nombreux interlocuteurs sur place, le ‘Carrefour International du Théâtre d’Enfants’ reçoit dix enfants de Wabag, un village du nord-est du pays. La rencontre humaine et artistique avec ces jeunes artistes venus du bout du monde est alors d’une telle intensité que l’art traditionnel devient le vecteur du ‘Carrefour International’.

En 2006, le Jeune Théâtre International poursuit sa recherche autour des arts traditionnels en tentant d’en comprendre les rouages essentiels. A l’intérieur même de l’événement qu’est le ‘Carrefour International du Théâtre d’Enfants’, la compagnie crée un atelier : le « groupe international ». Celui-ci réunit des enfants artistes du monde (Aïda & Amadou – Sénégal, Bobourjon – Ouzbékistan, Etienne – France, Tshering & Norbu – Inde-Tibet, Jeff & Margaret – Etats-Unis, Johan & John – Colombie, Prasanna & Thilina – Sri Lanka). Un travail créatif est mené avec ces enfants, leurs maîtres et professeurs, autour des notions de transmission et de mémoire. La décomposition du mouvement du danseur traditionnel est au centre de la recherche. Le résultat du travail de cet atelier est présenté lors de la soirée de clôture du ‘Carrefour International du Théâtre d’Enfant’. Cette expérience du groupe international constitue une première étape dans le laboratoire artistique du Jeune Théâtre International, au sujet des connections entre l’art contemporain européen et l’art traditionnel.

L’année 2007 marque une étape décisive : ‘Résidents du Monde’, événement réalisé dans le cadre de « Valenciennes 2007, capitale régionale de la culture », donne à la compagnie l’occasion d’accueillir des artistes traditionnels en résidence longue. Ceux-ci acceptent le challenge de se présenter en solo, ce qui est rare dans le domaine de l’art traditionnel qui se pratique en groupe. En juillet 2007, ‘Les jardins imaginaires’ sont l’occasion pour une douze artistes d’entrer dans l’univers créatif de la compagnie. Trois représentations exceptionnelles sont données dans des sites non moins exceptionnels : une chaudronnerie et les jardins & douves de deux châteaux.

En 2008 et 2010 le projet se précise. Il ne s’agit plus d’accueillir des groupes d’enfants qui pratiquent le théâtre dans leur pays, mais des artistes qui initient des enfants à leur art et qui participent au projet avec l’un de leurs enfants ou de leurs élèves. La transmission intergénérationnelle devient le vecteur du projet. L’enfant est alors l’un des maillons d’une chaîne de transmission qui permet la perpétuation et la pérennisation de l’art traditionnel.

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